Objectifs

Ce blog est créé par un médecin psychiatre, pour répondre à un manque :
les médicaments psycho-actifs ou psychotropes (c-a-d : agissant au niveau du système nerveux central plus précisément sur le psychisme) sont très largement prescrits et utilisés en France, mais en pratique les effets cliniques (par opposition aux effets biologiques) de ces médicaments, qu'il s'agisse de leurs effets bénéfiques ou de leurs effets secondaires ou indésirables. sont encore insuffisamment connus.
Veuillez noter, en préambule, que le terme psychotrope, sur le web, est souvent employé à propos des drogues non médicamenteuses, qui, bien entendu, provoquent elles aussi des effets psychotropes.
Pourquoi les effets des médicaments psychotropes ne sont-ils pas mieux connus ?
Les laboratoires pharmaceutiques étudient les médicaments au travers de protocoles devenus au fil des ans très rigides et stéréotypés et déterminent les effets des produits au moyen de grilles ou échelles d'évaluation, qui sont grossières ou incomplètes.
Parfois, les effets sont variables dans le temps, selon les tempéraments, et selon les mots (ou les langues) utilisés pour les décrire.
Lorsqu'on regarde les fiches descriptives du dictionnaire des médicaments VIDAL, on s'aperçoit que les informations sur les médicaments les plus anciens sont très parcellaires par rapport aux médicaments les plus récents, aussi bien pour les effets bénéfiques que négatifs.
De plus, même pour les médicaments récents, la connaissance des effets secondaires est parfois obscurcie par le fait que leur déclaration en pharmacovigilance doit être effectuée par un médecin, et celui-ci ne pense pas toujours à effectuer ce signalement.
Il y a donc un manque de connaissances et ce blog est là pour explorer un nouveau moyen d'augmenter ces connaissances.

jeudi 3 juillet 2008

Le syndrome des jambes sans repos est un effet secondaire des antidépresseurs de seconde génération

Par Yves Dauvilliers (CHU de Montpellier)
Article commenté :
Restless legs syndrome as side effect of second generation antidepressants.
Rottach KG et al.
J Psychiatr Res. 2008 May 9. [Epub ahead of print]



Les relations entre la prise d’antidépresseur, la dépression elle-même et la présence du syndrome des jambes sans repos (SJR) restent incertaines à ce jour, avec beaucoup d’études contradictoires sur ce sujet. Les antidépresseurs sont-ils responsables du SJR, un facteur aggravant ou au contraire un traitement améliorant les symptômes du SJR ?
Cette étude s’est intéressée à cette problématique en étudiant de façon prospective via 5 psychiatres une population de 271 patients, sur un an, traités pour la première fois par un antidépresseur (de seconde génération incluant les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine - fluoxetine, paroxetine, citalopram, sertraline, escitalopram -, de la noradrénaline - reboxetine -, ou mixte de la recapture de noradrénaline-sérotonine - venlafaxine, duloxetine -, et un peu à part la mirtazapine).
Les résultats retrouvent 9% (24 sur les 271 patients) des patients avec un SJR qui est apparu ou s’est aggravé sous antidépresseurs (AD), pouvant ainsi être considéré comme un effet secondaire du traitement (AD). Peu d’effet classe a été retrouvé, toutefois la fréquence du SJR sous mirtazapine semble plus prononcée (28% des patients) et moins sous reboxetine. Globalement, la probabilité d’induire ou d’aggraver un SJR pour les autres AD était de 5 à 10%. A noter que seuls 23 des patients de cette étude présentaient un SJR avant la mise sous AD et seulement 3 (13%) d’entre eux se sont aggravés sous AD. Un autre résultat intéressant était la survenue extrêmement précoce du SJR après l’instauration de l’AD, à savoir une médiane de 2,5 jours (extrême 1 - 23 jours). Enfin, ni la pathologie sous-jacente (dépression et/ou anxiété), l’âge, ou le sexe n’intervenaient clairement pour le risque de développer un SJR sous AD.

Cette étude permet ainsi de préciser que le risque de développer un SJR sous AD est globalement de moins de 10% (en dehors du traitement par mirtazapine et reboxetine) et surviendrait tôt après l’instauration de ce dernier, ce qui permettra ainsi à l’avenir de mieux prendre en charge et surveiller ces patients le plus souvent difficile.

Date de publication : 19-05-2008

samedi 3 novembre 2007

Qualité de vie et antipsychotiques

Les antipsychotiques atypiques ont beaucoup de mal à faire la preuve d'une efficacité supérieure à celle des neuroleptiques classiques en terme de diminution des effets indésirables ou d'amélioration de la "qualité de vie" au point que leur rapport coût /efficacité est questionnée.
Pourtant mon expérience de médecin est très différente sur ce point particulier : Certains patients - pas tous malheureusement - qui observent des traitements antipsychotiques évoquent une amélioration de certaines composantes cognitives (meilleur éveil, meilleures concentration et attention dont découlent une meilleure rétention mnésique, qualité différente de l'expérience vitale, moindre sensation persécutive, meilleure "appréhension" d'autrui, meilleures capacités organisationnelles).
J'aimerais savoir si je me trompe - leurré par un effet de nouveauté des molécules - ou si mon sens clinique me fait percevoir quelque chose qui disparaît dans les questionnaires et/ou les études statistiques...
Je souhaiterais donc votre avis, de médecins ou de patients et vos idées éventuelles pour mettre en évidence cette différence ou cette absence de différence entre ces catégories de psychotropes.

mercredi 24 octobre 2007

syndrome parkinsonien sous sertraline

Consultation de ce matin : patiente de 24 ans, que je suis depuis 2 ans, handicapée mentale avec psychose infantile. Traitée par moi et très améliorée (moins de rituels, de répétitions, plus ouverte aux autres, moins triste, plus dynamique) depuis février 2006 par sertraline (un antidépresseur sérotoninergique) 100 mg/j. Apparition depuis la dernière consultation des symptômes suivants : rigidité axiale (dos voûté en cyphose dorsale), marche à petits pas, piétinements sur place, raideur des membres avec roue dentée.
Aucun autre médicament pris depuis 6 mois. Pas d'affection intercurrente. Notion que la sertraline peut entraîner ce type d'effets (que j'ai déjà rencontré avec d'autres IRS) : arrêt sertraline.

mercredi 17 octobre 2007

communiqué AFFSAPS sur retrait Agréal

Dans ce message en provenance de l'AFFSAPS, concernant le retrait de l'Agréal, j'ai mis en caractères gras ce qui était pointé comme effet secondaire psychiatrique de ce produit, qui était en fait un neuroleptique (NL).

S'il est en effet connu que certains parmi les NL peuvent entrainer de la dépression, il est moins connu qu'il puisse exister de l'anxiété et des symptômes de sevrage

Dr Cialdella

Agréal® (véralipride) est un médicament neuroleptique indiqué dans le traitement des bouffées de chaleur de la ménopause, invalidantes et altérant la qualité de vie. En France, il bénéficiait d’une AMM depuis décembre 1979. En Europe, il était commercialisé dans 5 autres pays (Belgique, Espagne, Italie, Luxembourg et Portugal). A la suite du signalement d’effets indésirables, essentiellement psychiatriques (anxiété, dépression et réactions à l’arrêt du médicament) et neurologiques (mouvements anormaux dans de rares cas irréversibles), plusieurs Etats ont engagé une réévaluation de la balance bénéfice / risque.

En 2005, l’Espagne a décidé de retirer l’AMM d’Agréal ® , principalement du fait d’événements indésirables psychiatriques . D’autres pays qui s’étaient engagés en parallèle dans une réévaluation de la balance bénéfice/risque (France, Italie, Portugal) ont conclu que celle-ci restait favorable mais nécessitait de renforcer les informations sur les effets indésirables de ce médicament neuroleptique et de limiter le traitement à une durée totale de trois mois, par cures de 20 jours par mois. En effet, le bénéfice dans le traitement des bouffées de chaleur a été confirmé pour les femmes dont la qualité de vie était altérée par ces symptômes et qui ne pouvaient pas prendre de traitement hormonal substitutif de la ménopause (THM).Par ailleurs, les effets indésirables surviennent en général au-delà de trois mois.

En 2006, la Commission européenne a demandé à l’Agence européenne du médicament (Emea) de réévaluer la balance bénéfice/risque d’Agréal ® afin d’adopter une position commune. Cette nouvelle évaluation a conclu à une balance bénéfice/risque défavorable et conduit l’Emea à recommander le retrait de l’AMM d’Agréal â en Europe. En effet, le Comité scientifique de l’Emea (CHMP) estime que l’efficacité modérée d’Agréal ne compense pas les risques d’effets indésirables psychiatriques et neurologiques potentiellement irréversibles pour certains.

Une lettre informant les professionnels de santé de ces décisions est en cours de rédaction et sera adressée dans les prochains jours. Un questions/réponses destiné aux utilisatrices est disponible sur le site Internet de l’Agence.

jeudi 4 octobre 2007

effets excitants paradoxaux des neuroleptiques

Quelqu'un (médecin, patient) a-t-il des informations à communiquer sur les effets excitants, paradoxaux (car il s'agit de produits sédatifs) des neuroleptiques ?

lundi 1 octobre 2007

objet du blog : précisions

L'objet du blog mérite d'être encore précisé :
Il s'agit premièrement de permettre à des patients qui ont quelque chose de particulier à dire sur les médicaments (un effet positif imprévu, un effet secondaire mal connu de leur médecin ou ne figurant pas sur le VIDAL) de le dire dans un lieu autre qu'un forum de patients.
Je n'ai absolument rien contre ces forums, et je pense qu'au contraire les médecins ont beaucoup à apprendre du contenu de certains forums.
Mais il faut un tri : beaucoup de forums regorgent de description d'événements cliniques positifs et négatifs relativement banaux.
Ce blog est positionné pour recueillir des événements inhabituels.
Par exemple, la plupart des neuroleptiques font grossir, c'est un fait avéré. En parler dans les forums n'apporte rien à la connaissance de ces produits, et il vaut mieux en parler à son médecin traitant (généraliste ou plus vraisemblablement psychiatre) pour lui demander ce qu'il y a lieu de faire
En revanche, si vous avez maigri sous neuroleptiques ou si vous avez trouvé une façon élégante et pas banale de ne pas prendre de poids sous neuroleptiques çà devient intéressant pour la médecine ... et donc pour ce blog.
Deuxièmement, il s'agit pour des médecins qui ont observé semblables évènements cliniques imprévus au cours d'un traitement psychotrope de le signaler à l'attention de leurs collègues, afin que d'autres puissent se poser la question "ai-je déjà observé semblable évolution" ?
Beaucoup de médecins, surtout ceux qui participent à des essais cliniques contrôlés sont conscients des limites desdits essais à faire apparaitre et reconnaitre les effets cliniques imprévus. Tout est organisé, dans les essais cliniques pour que l'information recherchée par le laboratoire en vue d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) soit obtenue, mais rien ne permet de traiter efficacement l'imprévu. Pis même, certains effets cliniques émergents intéressants amènent parfois le laboratoire à abandonner le produit pour des raisons de profitabilité.

lundi 30 juillet 2007

prise de poids et psychotropes

Ci-joint ce qui est toujours à ce jour la meilleure revue récente sur la prise de poids sous psychotropes. Le résumé Medline est inclus dans ce message.
Dr Philippe Cialdella

Zimmermann U, Kraus T, Himmerich H, Schuld A, Pollmächer T.

J Psychiatr Res. 2003 May-Jun;37(3):193-220.

Epidemiology, implications and mechanisms underlying drug-induced weight gain in psychiatric patients.
Max Planck Institute of Psychiatry, Kraepelinstr. 10, 80804, Munich, Germany.zimm@mpipsykl.mpg.de

Body weight gain frequently occurs during drug treatment of psychiatric disorders and is often accompanied by increased appetite or food craving. While occurrence and time course of this side effect are difficult to predict, it ultimately results in obesity and the morbidity associated therewith in a substantial part of patients, often causing them to discontinue treatment even if it is effective.
This paper reviews the available epidemiological data on the frequency and extent of weight gain associated with antidepressant, mood-stabilizing, and antipsychotic treatment. Possible underlying pathomechanisms are discussed with special attention to central nervous control of appetite including the role of leptin and the tumor necrosis factor system. Metabolic alterations induced by drug treatment such as type 2 diabetes mellitus and the metabolic syndrome are also considered. Weight gain appears to be most prominent in patients treated with some of the second generation antipsychotic drugs and with some mood stabilizers. Marked weight gain also frequently occurs during treatment with most tricyclic antidepressants, while conventional antipsychotics typically induce only slight to moderate weight gain. Serotonin reuptake inhibitors may induce weight loss during the first few weeks, but some of them induce weight gain during long-term treatment. Several antidepressant and antipsychotic drugs are identified which reliably do not cause weight gain or even reduce weight. Based on these insights, countermeasures to manage drug-induced weight gain are suggested.